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Covid-19 : Pourquoi le Maroc est un exemple ?

APA-Rabat (Maroc) Par Hicham Alaoui

Comment le gouvernement marocain, cité en exemple dans le monde entier, fait-il face à l’épidémie du coronavirus ? Éléments d'explications.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. C’est la logique adoptée par le Maroc pour tenter de freiner la propagation du Covid-19 et limiter l’impact économique et social éventuel de l’épidémie dans le pays. Dès l’apparition début mars du premier cas, importé d’Europe, le gouvernement marocain s’est empressé de prendre toute une série de mesures fortes impliquant à la fois les professionnels de la santé, la société civile, le monde de l’entreprise et des finances, l’administration publique, les forces armées et de sécurité, le tout avec l’appui et l’implication personnels du roi Mohammed VI.

Parmi les décisions prises par Rabat, les premières ont été la fermeture durant la semaine du 9 au 15 mars de l’espace aérien et maritime, la fermeture dès le 16 mars des mosquées et des lieux susceptibles d’accueillir des manifestations sportives, culturelles et artistiques, des cafés, restaurants, hammams, puis l’interdiction à partir du 19 mars des transports interurbains des voyageurs, sans oublier la suspension dès le 13 mars des enseignements dans les écoles et universités et l'arrêt des audiences dans les cours et tribunaux du Royaume.

Le gouvernement a aussi décrété un état d’urgence sanitaire à partir du 20 mars, renforcé la capacité clinique de réanimation, mobilisé la médecine militaire aux côtés du personnel sanitaire civil. Dans ce cadre, des hôpitaux de campagne ont été installés dans plusieurs régions du pays. Des entreprises publiques et privées ont été mobilisées pour la fabrication de respirateurs artificiels d’une haute qualité et la confection de masques de protection, outils considérés comme essentiels dans la lutte contre l’épidémie.

Le Roi Mohammed VI a également accordé une grâce royale à 5654 détenus et ordonné de renforcer la protection des détenus contre le coronavirus au sein des établissements pénitentiaires.

Pour atténuer les conséquences sociales et économiques éventuelles de l’épidémie, le Souverain chérifien a même ordonné la création d’un Fonds spécial pour la gestion du nouveau coronavirus. Initialement doté de 10 milliards de dirhams (un milliard d’euros environ), ce fonds a en quelques jours pu lever plus de 3 milliards d’euros grâce aux contributions d’origines diverses : citoyens, opérateurs économiques, institutions publiques et privées, etc.

C’est dans le même esprit qu’un Comité de veille économique a été désigné avec pour fonction essentielle d’anticiper les répercussions directes et indirectes de la crise sanitaire sur l’économie nationale. Composée de plusieurs départements ministériels, cette structure est chargée d’une part, de suivre de près l’évolution de la situation économique à travers des mécanismes rigoureux de suivi et d’évaluation et d’autre part, d’identifier les mesures appropriées en termes d’accompagnement des secteurs impactés.

Quid des personnes dont les revenus sont déjà ou risquent d’être impactés par l’épidémie ?

Pour les foyers précaires et les travailleurs en arrêt d’activité forcé, une allocation financière a été décidée ainsi qu’un moratoire pour les paiements d’impôts et le remboursement des crédits bancaires au profit des TPME ( Très Petites et Moyennes Entreprises) et des professions libérales en difficulté.

La première mesure est destinée aux salariés en situation de chômage immatriculés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale. Environ 800.000 personnes se sont déjà inscrites pour bénéficier des aides prévues.

Pour les personnes qui ne bénéficient pas d’une couverture sociale, le Maroc a utilisé le Ramed (Régime d’assistance médicale), qui recense environ six millions de foyers. Par le biais d’une plateforme électronique, des aides leur ont été allouées.

A cette panoplie de mesures sectorielles ou ciblées, le gouvernement marocain a ajouté une mobilisation massive de son écosystème industriel en réorientant les usines vers la production de masques de protection, de gels hydro-alcooliques et d’équipements médicaux.

Après l’apparition des premiers cas de la maladie dans le pays, le Maroc a réussi la prouesse de produire localement son propre équipement. En quelques semaines, le pays a, par exemple, pu atteindre une production quotidienne de plus de 3 millions de masques qui sera bientôt portée à 5 millions de masques par jour.

Le Royaume commence même à explorer la possibilité d’exporter ses surplus de production, selon le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Economie verte et numérique, Moulay Hafid Elalamy.

Les masques de protection sont désormais distribués dans 70.000 magasins et supermarchés locaux sur tout le territoire, avec un prix plafonné à 80 centimes l’unité (8 centimes d’euros environ), grâce aux subventions accordées par le Fonds spécial initié par le Roi pour la gestion de l’épidémie.

Plus de 500 respirateurs 100% marocains ont aussi été fabriqués grâce au recours aux chercheurs, ingénieurs, médecins et leaders de l’industrie.

Fabriqué à partir de composants disponibles au Maroc, dont plusieurs éléments empruntés à des moteurs d’avion Airbus ou Boeing, ces respirateurs sont en priorité destinés aux unités médicales dédiées à la lutte contre le Covid-19.

Le secteur de l’enseignement n’a pas été oublié. Pour assurer la continuité de l’enseignement pendant la période du confinement consécutif à la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, un dispositif de cours à distance, présentés sur une panoplie de chaînes de télévision, de stations radios et de portails électroniques, a été mis en place dès le mois de mars. Il est supervisé par les départements de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

La présence physique aux cours étant annulée « jusqu’à nouvel ordre », des méthodes d’enseignement de substitution ont été adoptées. Des cours numériques ont été immédiatement publiés sur des plateformes électroniques, à la radio et la télévision.

Rabat, dont la gestion de l’épidémie est aujourd’hui citée en exemple par plusieurs gouvernements et institutions dans le monde entier, annonce d’ailleurs que d’autres mesures pourraient être prises en fonction de l’évolution de la maladie dans le Royaume.

HA/Los/cgd/APA

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