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« Il faut écouter les arguments religieux des extrémistes » (chercheur)

APA-Dakar (Sénégal) Par Ibrahima Dione

Les Etats rongés par l’extrémisme doivent prendre en compte les arguments religieux des groupes terroristes pour trouver une solution pérenne à ce fléau, a affirmé le Docteur Khadim Mbacké, ancien chercheur à l’Institut fondamental de l’Afrique noire (Ifan), dans un entretien accordé à APA.


Comment est née la Déclaration de Nouakchott ?

Le colloque de Nouakchott a eu le mérite de réunir de nombreux acteurs du monde musulman pour échanger sur l’extrémisme religieux. Les oulémas ont partagé leurs expériences sur les causes profondes de ce phénomène. On a remarqué que la situation diffère d’un pays à un autre. Dans certaines zones, il y a un dialogue entre les différents protagonistes. Dans d’autres pays, les groupes versant dans la violence aveugle, se sentent marginalisés.

On a aussi constaté que dans la tradition africaine, il y a toujours des possibilités de trouver un terrain d’entente en recherchant l’intérêt commun. On a en déduit qu’il faut exploiter cette richesse culturelle pour discuter avec les groupes extrémistes.

Quels sont les résultats attendus ?

Etant donné que le discours des extrémistes n’est pas basé sur une interprétation exacte des textes, on croit pouvoir les faire changer d’avis s’ils s’imprègnent de la Déclaration de Nouakchott. On pense que les participants au colloque arriveront à expliquer aux autorités étatiques le contenu du texte pour les aider à transformer les recommandations en actes concrets. Ils peuvent aussi être un trait d’union entre les groupes extrémistes et les autorités étatiques.

Les personnes ayant pris part à cette rencontre sont essentiellement des membres de la société civile. Elles ont une autorité, une influence sur la société. Ces gens-là vont utiliser leurs propres canaux de communication pour apporter leur contribution en termes de sensibilisation et d’appel à la paix.

Cette déclaration est une feuille de route à appliquer. Si son contenu réaliste est mis en pratique, on arrivera à des résultats probants. Actuellement, les Etats du Sahel sont en difficulté parce qu’ils ne savent pas comment sortir de cette insécurité. Donc quand des oulémas mettent à leur disposition les résultats de leurs recherches, ils essayeront de les mettre en œuvre pour trouver une solution.

Les Etats du G5-Sahel doivent écouter les groupes terroristes ayant des arguments religieux pour y apporter des réponses concrètes. L’extrémisme a une dimension religieuse. Mais il a aussi d’autres dimensions, notamment économiques et sociales, dont les gouvernants doivent forcément tenir compte.

Qu’en est-il du combat spirituel que comptent mener les oulémas ?

On a beaucoup réfléchi sur les arguments des extrémistes. Les chefs de ces groupes ne comprennent pas très bien les concepts essentiels de l’Islam. Parfois, ils s’appuient sur des interprétations dépassées.

Cheikh Abdallah Ibn Bayyah a fait un effort de révision, de réexplication et de contextualisation des concepts islamiques. Pour lui, si l’on présente aux terroristes la pensée éclairée, ils adopteront une attitude complètement différente. Il arrive que l’on fasse une mauvaise interprétation des textes religieux pour déclencher une action qualifiée de djihad.

Ibn Bayyah a repris tous les textes auxquels se réfèrent les extrémistes pour montrer que si on les comprend correctement, ils ne peuvent pas servir de justificatifs pour recourir à la violence. D’après ce que l’on sait de leur discours, les djihadistes ont une lecture révolue voire erronée des textes sacrés. Ils prennent les armes pour attaquer les musulmans et les non musulmans alors que le vrai djihad doit être annoncé par un imam ou un cheikh reconnu par la communauté et après la réunion de certaines conditions.

ID/cgd/APA

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