à l'instant

    Cameroun-Presse-Revue

    Journée de la femme, politique et gouvernance font les choux gras des journaux camerounais

    APA-Yaoundé (Cameroun) De notre correspondant : Félix Cyriaque Ebolé Bola -

    La célébration, le 8 mars, de la Journée internationale de la femme (JIF), la réaction musclée du gouvernement après une sortie de Washington sur les crises sociopolitiques et la déchéance d’un proche du président Paul Biya, s’affichent en couverture des journaux camerounais parus jeudi.

    Dans l’administration et les associations dédiées, la température commence à monter à travers le pays, à quelques heures de la JIF 2019, constate le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune qui promène son lecteur à travers la condition locale du sexe dit faible, ses rêves, ses ambitions mais aussi ses espoirs, pour finir par constater bien des avancées, depuis quelques années.

    «La situation de la femme camerounaise s'est améliorée», confirme, dans l’édition spéciale de Défis Actuels, la ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, confessant néanmoins que d’indéniables disparités restent perceptibles, dues à des préjugés sexistes séculaires et certaines survivances socioculturelles inappropriées, dont la volonté politique et l’irréversible évolution des temps finiront par avoir raison.

    Au sujet de la parité, elle se veut tout aussi optimiste : «Aucun défaitisme n’est autorisé. Nous avons intérêt à demeurer optimistes. Les transformations sociales sont des transformations qualitatives, elles ne s’opèrent pas du jour au lendemain. Elles se préparent en profondeur. Au rythme où vont les réformes, nos petits enfants, nos petites filles, bref, les générations à venir trouveront assurément une société nouvelle.

    Un exemple frappant de cette volonté politique et démontré par La Météo à travers la procureure du Tribunal criminel spécial (TCS), une juridiction chargée de traquer les grands criminels économiques, Justine Aimée Ngounou Tchokonthieu qui estime que sa nomination, le 28 juillet 2015, honore les femmes en général, et celles de la magistrature en particulier, en même temps qu’elle reste une porte ouverte à d’autres hautes fonctions que les femmes mériteront par leur ardeur au travail.

    Le bihebdomadaire la décrit comme un modèle de rectitude et de rigueur professionnelle, d’une rare discrétion, abhorrant les mondanités et les effets de manches, une «dame incorruptible» issue d’une trajectoire non usurpée : avec elle, les instructions sont menées avec méthode, en rupture totale avec une pratique fort répandue, ayant jadis donné une fâcheuse impression de tâtonnement, voire d’improvisation.

    À côté de cette amazone des tribunaux, et peut-être même tout en haut de l’affiche, se trouvent d’autres «femmes de l’heure» ainsi que les qualifie Baromètre Communautaire : à commencer par l’épouse du chef de l’État, Chantal Biya dont l’hebdomadaire dresse un portrait fort avantageux à côté de 11 autres.

    Célébrer la femme le 8 mars, le tri-hebdomadaire Le Soir n’y trouve rien à redire mais se permet une vigoureuse mise en garde : cette journée devrait être celle de la réflexion, une opportunité pour faire l’état des lieux, d’auto-évaluation de plans d’action concrets et non de débauche, comme ces dames nous ont malheureusement habituées ces dernières années.

    C’est cette même publication, sous le titre «Le diktat des USA ne passera pas», qui consacre sa principale manchette à la sortie récente du sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, Tibor Nagy, demandant la libération d’opposants accusés d’insurrection, hostilité contre la patrie, rébellion et destruction de biens publics, incitant également les autorités camerounaises à être plus sérieuses dans leur gestion de la crise sécessionniste anglophone. Et de s’insurger en ces termes : «Qui sont-ils, ceux-là qui se positionnent en donneurs de leçons ? Que font-ils, de spécial en matière de droits de l’homme ?»

    «Le Cameroun recadre les États-Unis», renchérit Baromètre Communautaire, reprenant à son compte la réaction du gouvernement de Yaoundé pour qui ces déclarations «trahissent une grave velléité d’immixtion à peine voilée et inadmissible, dans les affaires intérieures du Cameroun».

    «(…) le Cameroun dispose d’institutions telles que voulues par ses populations. Ces institutions fonctionnent normalement et méritent le respect des citoyens, des pays amis et de tous nos partenaires», appuie Cameroon Tribune.

    Et le quotidien à capitaux privés de langue anglaise The Guardian Post de redouter «des étincelles» à l’occasion de la visite, les 17 et 18 mars au Cameroun, de l’envoyé spécial du président Donald Trump.

    À propos de la crise sécessionniste anglophone, La Météo constate que les déclarations de Tibor Nagy laissent un arrière goût de frustration, tant elles évitent soigneusement d’appeler à la retenue ceux qui pillent, tuent, volent, violent, brulent, prennent des otages et empêchent les enfants d’aller à l’école.

    «On n’imagine pas, aux États-Unis, un groupuscule d’insurgés, quels que soient par ailleurs les motifs de leurs revendications, remettre en cause l’intégrité territoriale ou la souveraineté du pays de l’oncle Sam, ou encore perpétrer impunément des actes terroristes. Et, lorsqu’on se rappelle des efforts fournis par les autorités de Yaoundé en vue de satisfaire les revendications corporatistes des avocats et instituteurs, à l’origine de la crise, quand on constate par ailleurs le niveau de surenchère des insurgés, l’observateur ne peut que s’interroger lourdement sur le sens des déclarations de l’officiel de Washington.»

    Loin des histoires de femmes et de la querelle avec les États-Unis, Mutations a choisi de se pencher sur la descente aux enfers d’un dignitaire du régime, l’ancien ministre de la Défense Edgard Alain Mebe Ngo’o, «l’ange déchu», le «dauphin en eaux troubles», un «personnage aux airs de flambeur» et qui, entre perquisitions et garde à vue pour de présumés malversations financières, passe des moments difficiles.

    Pour Le Messager, Mebe Ngo’o représente la fin tragique d’un «intouchable», pris la main dans un pot de confiture dans des marchés d’achats de matériels militaires, pour des détournements évalués à 4,5 milliards FCFA.

    Mercredi, après une nuit de garde à vue, relate InfoMatin, l’ancien tout-puissant dignitaire du régime a vécu d’autres humiliations avec des perquisitions en sa résidence à Yaoundé, la capitale, des fouilles ayant permis la saisie d’un certain nombre de documents et objets de valeur, avant que la procession ne mette le cap vers un impressionnant parking de cylindrées, y compris des voitures de collection.


    FCEB/cat/APA

    Réagir à cet article