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La ballade des crocodiles dans les quartiers populaires de Banjul

APA-Banjul (Gambie)

Quand, dans des capitales africaines comme Dakar on se plaint de la divagation des moutons et autres vaches et chèvres, à Banjul, la capitale de la Gambie, on tremble à la vue…de crocodiles sillonnant les rues de certains quartiers populaires. A Tabacco Road et Box Bar, localités situées à la périphérie du centre-ville, il est fréquent de voir en plein jour les gros reptiles fouiller bruyamment les bacs à ordures en quête de nourriture.

Mal lotis, dépourvus de réseau d’assainissement et jouxtant des marécages, ces quartiers situés au nord de Banjul sont des cadres de vie rêvés pour les crocodiles qui y prolifèrent à la grande inquiétude des populations. Certes, jusqu’ici, il n’y a eu aucune attaque contres ces dernières, mais il est dangereux de cohabiter de la sorte avec de tels animaux. Et pour cause, les habitants se disent avec effroi que le jour où les crocodiles trouveront peu ou pas du tout de nourriture dans les ordures, ce sera leur tour de leur servir de repas…    

En attendant cette funeste éventualité, la promenade des crocodiles se poursuit dans les rues, selon divers témoignages. 

« Les crocodiles semblent venir de partout ces jours-ci et je les vois même la nuit », a confié à APA Kalilu Kassama, un résident de Tabacco Road. Visiblement apeuré, il affirme avoir aperçu à maintes reprises des crocodiles nager dans un canal qui traverse son quartier et dont les eaux se déversent du côté de Bund Road où se trouve un grand canal d’évacuation.

A défaut de s’adonner à la nage, les crocodiles sortent du canal pour se prélasser tranquillement dans les marécages, situés à quelques mètres des habitations, ajoute Kassama, soulignant avoir vu des enfants courir un grand risque en s’évertuant à chasser les reptiles en vue de les amener à retourner dans l’eau.

Oumie Jaw, une octogénaire qui vit dans le quartier de Tabacco Road depuis plus de 30 ans, assure que les animaux sauvages se sont multipliés de manière exponentielle. La rencontre de la vieille femme avec un reptile donne froid dans le dos : « Un jour, j’ai trouvé un crocodile allongé près de mon robinet, alors que je me préparais à faire les ablutions pour la prière de l’aube ». Son fils aîné a volé à son secours en l’éloignant des lieux avant d’obliger le reptile à retourner dans le canal tout proche.

Isatou Ceesay, qui a déménagé dans le quartier il y a une dizaine d’années, reconnait n’y avoir pas encore vu de crocodile, mais en tant que mère de famille elle s’inquiète de voir ses enfants et ceux de ses voisins jouer dans les marécages.  

Le directeur de l’école élémentaire supérieure Tabacco Road, Garba Jahumpa, a les mêmes états d’âme que Isatou : « Je n’ai jamais vu de crocodile vivant dans cette zone, mais nous n’avons pas besoin de les voir pour nous rendre compte qu’ils représentent un danger réel pour mes étudiants ».

Appelant à l’intervention du ministère des Parcs et de la Faune, cet habitant de Tabacco Road estime qu’ « un grand mur pourrait être érigé des deux côtés du canal pour empêcher les crocodiles d’envahir les maisons à la recherche de nourriture».

Dans un coup de sang, l’homme qui parle sous le couvert de l’anonymat lâche cette méthode extrême : «Parfois, nous envisageons de les attaquer et de les tuer avant qu’ils ne commencent à nous envahir ». Puis, il se reprend et affirme : « mais nous réalisons que cela pourrait être un crime en vertu de la loi ».

Pourtant, tous les Banjuliens n’entretiennent pas des rapports conflictuels avec les crocodiles. Dans les villes côtières de Bakau et de Kartong, situées respectivement à 12k m et 64 km au sud de Banjul, les crocodiles vivant à l’état sauvage n’inspirent pas une grande crainte et servent même à attirer les touristes.

Que ce soit à Bakau ou Kartong, il est banal de voir des touristes prendre des selfies avec les crocodiles.

Cependant, Ousman Sillah, député de Banjul Nord, s’inquiète de la forte colonie de crocodiles et estime qu’il est nécessaire de prendre des mesures préventives. Aux services du ministère des Parcs et de la Faune qu’il a contactés et dont une équipe est venue sur place à Bakau pour évaluer les reptiles, il leur suggère de « transférer les crocodiles dans un sanctuaire ou de les enfermer dans un endroit sûr ».

« Si c’est pour servir d’attraction touristique, ils doivent être confinés dans une zone afin de ne pas constituer une menace pour la population », estime le député.

DB/as/fss/cat/te/APA

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