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Les Soudanais dans la rue pour exiger le départ du président Béchir

APA-Soudan (Khartoum)

Des milliers de Soudanais sont descendus vendredi dans les rues de Khartoum et des autres villes du pays pour exiger le départ du pouvoir du président Omar El Béchir.

A Port-Soudan, dans l'est du pays, les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants déterminés à remettre une lettre au gouverneur de l’État de la mer Rouge dans laquelle ils demandent au président Béchir, au pouvoir depuis 1989, de démissionner parce qu’il a « apparemment failli dans ses efforts visant à faire sortir le pays du bourbier économique ».


Les manifestants ont scandé des slogans, à savoir « Le peuple veut un changement de régime » et « Béchir doit partir », avant d'affronter les forces de sécurité lourdement armées qui ont tiré sur la foule.


Un témoin oculaire a déclaré à l'Agence de presse africaine (APA) que deux personnes avaient été blessées lors des affrontements contre les forces de sécurité et que des dizaines de personnes avaient été arrêtées.


Cette manifestation est la deuxième organisée dans cette ville en trois semaines.


Les manifestations à l'échelle nationale ont été initiées le 19 décembre 2018 dans la ville d'Adbarh, dans l'État du Nil (nord) par des étudiants dénonçant une pénurie de pain.

Elles se sont ensuite rapidement répandues dans 15 autres villes soudanaises, où des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues pour demander un changement de régime.


Plusieurs bâtiments, dont le siège du parti au pouvoir et des bureaux du gouvernement ont été incendiés dans les États de Gederaf et d'Alshamalia, poussant les autorités à instaurer l'état d'urgence et un couvre-feu nocturne dans quatre États.


L'accès aux sites de médias sociaux dont Facebook, Whatsapp et Twitter a été bloqué.


Lundi dernier, les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles réelles pour disperser des centaines de manifestants près du palais présidentiel, dans la capitale, Khartoum.


Le parti de l’opposition Umma a accusé les forces gouvernementales d’exercer une force excessive sur des civils non armés et a demandé l’ouverture d’une enquête.


Dans une déclaration publiée plus tôt cette semaine, le parti Umma a déclaré que 45 personnes avaient été tuées, 2.000 autres blessées et 1.000 manifestants ont été arrêtés jusque-là.


Le ministre de l'Information et de la Communication, Bashara Goama, a quant à lui, déclaré que 19 personnes étaient mortes lors des manifestations.


Dans ses discours d’apaisement, le président Béchir a appelé les manifestants des « saboteurs et des traîtres qui cherchent à entraver le progrès économique et politique. »


Il a mis la situation que connait actuellement le pays sur le compte des sanctions américaines et les conflits internes, en promettant la mise en place de nouvelles mesures économiques et d'augmenter les salaires des employés du gouvernement à partir de janvier 2019.

Le Soudan est aux prises avec une situation économique difficile depuis que le Soudan du Sud s'est séparé du reste du pays en 2011, emportant avec lui 75% des champs pétroliers.


En septembre dernier, le taux d’inflation au Soudan avait atteint 66,82%.


Omar El Béchir est arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'État militaire en 1989 et n'a depuis lors organisé que deux élections présidentielles au cours desquelles il a été annoncé vainqueur, malgré les accusations de l'opposition de fraudes électorales généralisées.



AR/as/pn/te/APA

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