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Penda Bâ, la martyre de Khondio

APA-Khondio (Sénégal) : Envoyé spécial : Oumar Dembélé

La silhouette frêle, Penda Bâ a toujours le regard perçant. A 70 ans, elle passe, à première vue, pour n’importe quelle personne âgée vivant tranquillement ses vieux jours, mais lorsqu’elle parle de sa voix sifflante on dénote aussitôt un problème de santé.

Les sifflements dans sa voix sont le signe d’une maladie respiratoire dont elle souffre depuis les années 1980. A l’époque, Penda cultivait des haricots verts dans le jardin de son village de Khondio et après chaque récolte s’en allait vendre sa production au marché de Mboro, la grande commune toute proche.

Partie un jour de Khondio pour se livrer à son commerce, elle marche chemin faisant et par inadvertance sur un conduit d’acide des ICS à fleur de terre. « J’ai inhalé une quantité importante d’acide. Secouée par une quinte de toux, je respirais difficilement. Sur le coup, j’ai vomi un liquide blanc et visqueux », raconte la vieille femme, soulignant que c’est en voulant répondre aux passants désireux de savoir ce qui lui arrivait, qu’elle s’est rendu compte qu’aucun son ne sortait de sa bouche.  De guerre lasse, elle s’est mise à répondre «par des gesticulations ».

A force de soins qu’elle continue toujours de prendre, Penda a retrouvé sa voix même si elle est altérée par des sifflements, symptômes d’une maladie poitrinaire. Averties, les Industries chimiques du Sénégal lui ont remis une enveloppe de 50.000 FCFA….

Interrogé sur le cas de la vieille Penda, l’infirmier-chef du poste de santé de Khondio, Amadou Bâ, évite toute conclusion hâtive, au motif qu’il n’y a pas pour le moment une étude sérieuse permettant d’attribuer la maladie de la septuagénaire ainsi que d’autres « cas » du même genre recensés à Khondio au passage des véhicules des ICS ou l’inhalation de leurs déchets par les populations.

Dans le village, « on trouve certes des maladies respiratoires, mais elles sont spécifiées à des périodes. Et ce ne sont vraiment pas des maladies respiratoires compliquées. On n’a jamais eu des cas qui ont nécessité des évacuations », affirme le médecin, rappelant que le poste de santé de Khondio où il office depuis « bientôt 2 ans » a été construit en 2017 par les ICS. La prise en charge et la rémunération du personnel sanitaire sont assurées par une ONG.

Malgré cette assistance sociale, le chimiste Alpha Ousmane Touré, cité par le journaliste Alioune Badara Diatta dans son enquête primée par l’ONG OXFAM, se montre circonspect vis-à-vis de l’acide fluosilicique ou jus fluo (H2SiF6) déversé sur la mer de Khondio par l’émissaire des ICS et affirme qu’il serait un produit chimique « dangereux ».

« Le mélange du jus fluo avec le chlorure de sodium présent dans la mer donne de l’acide chlorhydrique, un produit qui n’est pas bon pour la population marine et même pour la population humaine », soutient M. Touré, enseignant chercheur au département Génie chimique de l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar.

Il ajoute : « les poissons que nous consommons vont se nourrir du phytoplancton affecté par l’acide chlorhydrique. A la longue, la consommation de ces poissons, par l’homme, cause des maladies telles que les fluoroses dentaires ou osseuses ».


ODL/cat/APA

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