Afrique - Santé - Sida - Focus

Afrique : ralentissement du SIDA en 2019, malgré des retards

APA-Dakar (Sénégal) Par Oumar Dembélé

Outre les autres épidémies qui ravagent l'Afrique, le Sida reste un mal à combattre. Même si des progrès ont été enregistrés dans certains pays du continent, la prise en charge médicale et sociale constituent pour d'autres un éternel combat.

Sur une population mondiale de 37 millions de sidéens, l’Afrique concentre à elle-seule plus de 25 millions (67%) là où sa partie ouest et centre comptent 5 millions de personnes (13%) vivant avec le VIH en 2018. Ces chiffres de l’ONU-Sida n’ont pas beaucoup bougé en 2019, même si « l’évolution de l’épidémie a été ralentie » dans le continent grâce à l’implication des communautés.

Dakar 28 novembre, le bureau sous-régional de l’organisme des Nations unies chargé de la lutte contre le Sida lance son rapport sur l’évolution de cette maladie en prélude à la célébration de la journée mondiale du dimanche 1er décembre prochain. Autour d’un panel que partagent deux fonctionnaires onusiens (ONU-Sida et Unicef), en service en Afrique de l’ouest et du centre, avec la représentante de l’Etat du Sénégal et deux acteurs de la société civile sénégalaise, on continuait de discuter sur le rapport 2019 de l’ONU-Sida qui n’était toutefois pas disponible pour les nombreux journalistes.

Mais selon Dr Mamadou Sakho, conseiller régional de l’ONU-Sida et chargé de le présenter, il dénote justement que « l’évolution de l’épidémie a été ralentie ».

« Il y a une réduction des nouvelles infections au Sénégal et un peu partout dans la sous-région, ajoute le médecin sénégalais. Mais on n’a pas encore trouvé de vaccin pour cette maladie ».



Ainsi dans la zone de couverture (ouest et centre), « cinq millions de personnes vivent l’épidémie et les deux tiers sont des femmes ». Pendant ce temps, « les jeunes filles sont particulièrement très vulnérables et exposés aux risques, de même que les prostitués (hommes ou femmes), les injecteurs de drogue », déplore Dr Sakho, appelant à aller vers « ces groupes (à risque) et essayer de leur donner les soins et l’information ».

Le Nigéria, un cas problématique

Mais « pour le moment, le Nigéria nous pose problème. C’est un grand pays avec 1,5 million de personnes infectées », a-t-il poursuivi notant qu’il « y a aussi la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la RDC ».

« Si nous maîtrisons l’épidémie dans ces grands pays et qu’ils parviennent à couvrir 95% de leur population en termes de connaissances, de statuts, d’accès au traitement, de suppression de la charge virale, l’épidémie peut être jugulée en Afrique de l’ouest et du centre. Ce sont des pays où nous concentrons nos efforts, même si chaque pays constitue une problématique où nous avons un représentant qui essaie d’apporter une réponse ».

Au Sénégal, le taux de prévalence est de 0,5% et un dépistage national de l’ordre de 80% a été effectué, se réjouit Dr Safiétou Thiam, secrétaire exécutive du Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS). Saluant les « avancées » de son pays dans ce domaine « grâce à la mobilisation des communautés », elle veut aujourd’hui « casser le plafond de verre » en atteignant le taux de dépistage de 90% en 2020.

En 2018, les nouvelles infections liées au VIH en Afrique de l’ouest et du centre sont de 280.000 personnes là où 160.000 décès ont été déplorés, tandis que 2,6 millions d’individus ont accédé au traitement.

En Afrique de l’est et du sud par contre, les chiffres ont crû de manière exponentielle. 20,6 millions de sidéens y vivent et les nouvelles infections ont touché 800.000 personnes, avec 310.000 décès liés à la maladie. Par ailleurs, 13,8 millions de malades avaient accès au traitement.

 « Retard »

Ainsi malgré les « efforts », constate Mamadou Sakho, l’Afrique de l’ouest et du centre est « en retard par rapport à l’Afrique de l’est et du sud » où la maladie s’est d’abord développée bien sûr. Ce retard concerne, selon l’expert, la couverture des antirétroviraux dans laquelle « on est une personne sur deux ».

En Afrique de l’ouest et du centre, recommande-t-il, on doit « ajuster et calibrer nos actions et nos budgets là où il faut »… surtout vis-à-vis des communautés auxquelles la journée mondiale de 2019 rend d’ailleurs hommage pour leur rôle dans la riposte au Sida au niveau international, national et local.

Parmi ces communautés, l’Alliance nationale des communautés pour la santé (ANCS), une organisation « faîtière » de la société civile sénégalaise s’activant dans la lutte contre le Sida, mène une action remarquable « depuis plus de 20 ans ».

« Notre action a été la mobilisation communautaire, l’accompagnement, faire en sorte que les populations accèdent au traitement, informer chaque communauté sur la prévention de la maladie, la distribution communautaire de préservatifs, le dépistage démédicalisé etc. », explique son directeur technique, Massogui Thiandoum.

Et pour Patrick Brenny, directeur régional de l’ONU-Sida, « les communautés sont toujours au fond et au cœur de la lutte. Elles s’assurent que les voix les plus importantes qu’on n’entend pas souvent soient entendues. Elles sont les plus proches des plus démunis, des plus isolés et ceux qu’on a besoin de plus toucher par rapport à notre réponse du VIH, si nous sommes sérieux à mettre fin à l’épidémie du Sida d’ici 2030 ».

« Agenda politique »

Cependant, précise M. Thiandoum, les ressources publiques dédiées aux communautés « ne sont pas suffisantes » même si « nous avons des bailleurs de fonds qui viennent compléter l’enveloppe de l’Etat ».

Par ailleurs, le Sida « est une maladie qui mérite un agenda politique, dès qu’on baisse la garde la politique ne suit plus. C’est pour cela les financements, comparés aux autres pays, sont extrêmement faibles. Les partenaires et les gouvernements doivent s’engager à donner plus de moyens que par le passé », a invité Dr Mamadou Sakho, notant que « les techniciens aussi devront être formés et les services disponibles ».

Pour sa part, l’ANCS s’appuie sur un personnel de 33 personnes, avec des points focaux dans chaque région du Sénégal. « Nous avons aussi plus de 240 médiateurs de santé qui sont tous des salariés de l’ANCS », a ajouté Massogui Thiandoum.

Très motivé par ailleurs, il note que « si nous faisons des efforts, nous pouvons atteindre l’objectif d’élimination du VIH d’ici 2030 » dans le monde et en Afrique particulièrement.

ODL/Dng/APA

Réagir à cet article