Sierra Leone-Eboulements

Sinistrés de la Sierra Leone : Entre colère et craintes

APA-Freetown (Sierra Leone)

La peur, la colère et la frustration sont les sentiments les mieux partagés à Freetown, au lendemain de l'une des pires catastrophes naturelles qu’a connu la Sierra Leone.

A l’école primaire de Bethel, dans le quartier de Pentagone, dans la banlieue de Freetown, les travailleurs humanitaires ont chaque jour un peu plus mal à satisfaire les sinistrés qui réclament de l’aide humanitaire.

Pentagone, situé à l'extrême ouest de Freetown, abrite l'une des douze communautés les plus touchées par la catastrophe de lundi dernier, qui a coûté la vie à près de 500 personnes et emporté plusieurs maisons.

En plus des traumatismes causés par la perte d’êtres chers, les survivants des éboulements peinent à trouver de quoi se nourrir.

Pour Ann-Marie Kargbo, qui a perdu sa famille entière, dont son époux et ses cinq enfants, les préoccupations immédiates restent la nourriture et un abri.

Ann-Marie a échappé au désastre parce qu'elle n'avait pas passé la nuit chez elle le jour des éboulements. Son quartier Sugar Loaf est l’une des localités emportées par les coulées de boue au moment où Ann-Marie a passé toute la nuit dans une église de la capitale pour assister à une messe nocturne.

« J’étais incapable de reconnaitre le quartier quand je suis rentrée le lendemain de l’église. Ce fut une image chaotique qui restera gravée dans ma mémoire. » se rappelle-t-elle les yeux larmoyants.

Paralysée par le choc, Ann-Marie avait dû être admise à l'hôpital où elle a été gardée pendant quelques jours. Sans-abri et accablée par la perte de tous les membres de sa famille, elle se bat à côté des autres sinistrés accueillis à l’école primaire Bethel pour refaire sa vie.

« Il ne me reste plus rien. Je demande au gouvernement de nous aider en nous fournissant un toit et de la nourriture » a déclaré la femme à l'Agence de presse africaine (APA) la voix à peine audible.

Malgré ses nombreux va-et-vient à l’hôpital de Connaught de Freetown, Ann-Marie, enceinte de six mois, n’a pas encore réussi à identifier les restes de son mari et de ses enfants.

L’identification des corps sera d’autant plus difficile, que certaines victimes ont les membres complètement arrachés à cause de la violence des chocs causés par les éboulements.

Selon certains des survivants et parents des victimes l’apparence de Regent, localité plus touchée par le désastre, renvoie à une image d'apocalypse.

Ils ont déclaré que le craquèlement soudain au sommet de la montagne Sugar Loaf, lundi matin, a provoqué des coulées de boue, mélangées avec des rochers rougeâtres qui ont emporté sur leur passage les maisons construits au pied de la montagne.

A Martema, un autre quartier au pied de la montagne, l'image du désastre était surréaliste. Dans cette localité, des croyants qui étaient en train d’assister à une messe, ont été surpris par les intempéries dans un orphelinat.

Les survivants et les travailleurs humanitaires ont fait part de leur crainte de l’apparition de maladies d'origine hydrique et ont appelé à des mesures urgentes pour contenir une éventuelle épidémie.

Le Sierra-Léone est constituée de trois grands ensembles de reliefs. A l’ouest, le long de l’océan Atlantique, la côte est peu élevée et majoritairement marécageuse en raison de la présence des embouchures de nombreux cours d’eau. Au nord de Sherbro Island, elle est plus découpée et dominée par des hauteurs de faible amplitude (120 m d’altitude), en particulier sur la péninsule de Freetown. 

En raison de ce relief et d’une importante pluviométrie qui s’étend sur neuf mois, le pays est particulièrement vulnérable aux inondations.

Pendant cette période de l’année, Freetown peut connaître des jours entiers pendant lesquels il pleut sans arrêt.


KC/GIK/pn/od/APA

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