Togo-Religion-Pâques

Togo : le coronavirus éclipse la fête de Pâques

APA – Lomé (Togo) De notre Correspondant : Tino Kossi

La pandémie du coronavirus qui secoue le monde a éclipsé la fête de Pâques obligeant les différentes congrégations de la communauté chrétienne à célébrer la résurrection de Jesus-Christ dans la plus grande sobriété.


Dimanche 12 avril 2020. Jour de Pâques. Jour de célébration de la résurrection de Jésus-Christ. Jour sacré pour tous les chrétiens du monde, particulièrement ceux du Togo. Mais la fête n’était pas au rendez-vous. Pas de messes dans les différentes congrégations de la communauté chrétienne. Ni chez les évangéliques presbytériens, ni les Assemblées de Dieu ou autres églises dites réveillées. Les rares cultes qui ont eu lieu, notamment chez les catholiques, ont été juste symboliques, restreints et retransmis sur les ondes et les réseaux sociaux. Même décor pour le Vendredi Saint où le traditionnel Chemin de Croix n’a pas été observé, en tout cas dans sa forme traditionnelle. Pour cause, coronavirus est dans la cité. Une messe sans fidèles à la Cathédrale de Lomé

Dimanche 12 avril 2020. Cathédrale Sacré-Cœur de Lomé. Il est 9 heures. L’archevêque métropolitain de Lomé, Mgr Nicodème Barrigah-Benissan célèbre la messe pascale. Sa toute première depuis son ordination comme premier dirigeant de l’Eglise catholique. Mais sans fidèles, ni le faste idoine devant entourer l’événement. Comme assistance, il n’y avait qu’une poignée d’évêques, de sœurs et autres collaborateurs triés sur le volet. Vous ne rêvez pas, c’est la messe pascale. Dans la paroisse constituant le cœur même de l’Eglise catholique au Togo.

Eh oui, la messe pascale s’est déroulée sans fidèles. Ces derniers avaient dû la suivre en direct sur la radio Maria, la chaine de l’Eglise, mais aussi sur Facebook et You Tube. Scotchés à ces moyens de communication, ils ont tout suivi. « Ma femme et moi, nous avons suivi la messe de bout en bout depuis notre chambre, comme si nous y étions », a confié Isidore, un fervent catholique, et de nous confier que « dans aucune paroisse, il n’y a eu de messe comme celle-ci ». Il nous revient que symboliquement, des prêtres ont observé dans des paroisses des cultes à différentes heures de la journée, mais dans l’isolement total, à l’intention des fidèles.

Ce décor inédit ressemble fort à celui d’un plateau de Hollywood, c’est-à-dire à de la   mise en scène. Mais ce sont les circonstances qui l’exigent. Le Covid-19 est dans la cité, et il faut éviter les attroupements. Mais ce décor bien inhabituel n’a pas empêché l’archevêque métropolitain de Lomé d’observer les différentes séquences de la messe jusqu’au bout. Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan a même encore eu le sens de l’humour et utilisé l’anecdote d’une jeune dame venue qui s’est vu gifler par son père à qui elle est pourtant venue se plaindre d’une baffe de son mari, pour illustrer la situation du peuple togolais balloté entre plusieurs maux, surtout la division de la classe politique. Le prélat a, par-dessus tout, imploré la grâce du Seigneur de « voir très vite la fin de cette pandémie », mais aussi celle d’« une unité vraie entre ses fils et filles ».

Un Vendredi Saint sans Chemin de Croix

Un Vendredi Saint sans Chemin de Croix. Sans hordes de fidèles catholiques dans les rues, tout de rouge vêtus. Mais cloués à la maison. C'était le décor au Togo le vendredi 10 avril.

Ce jour devrait voir les fidèles le marquer du sceau du Chemin de Croix. Il s’agit d’un acte dévotionnel privé ou communautaire. Mais dans la tradition au Togo, ce cérémonial voit les fidèles observer symboliquement le parcours de Jésus-Christ quelques heures avant sa mort et sa crucifixion, sous le chaud soleil, tout de rouge vêtus, symbole de son sang versé. Mais une fois n’est pas de coutume, ce rituel n’a pas été respecté dans sa forme originelle, à cause de la pandémie de l’heure dans le monde et des besoins de confinement.

En lieu et place de la célébration habituelle, le Vendredi Saint a été observé à Lomé, ainsi qu’à l’intérieur du pays, dans le symbolisme. Pas de marche de fidèles dans les rues en cohortes, pas de Jésus-Christ improvisé recevant des coups de chicotte, pas de prières à différentes stations du parcours…Rien du décor et de l’ambiance habituels. L’événement a été observé au sein des diocèses et des paroisses, sans fidèles. Seuls les prêtres et quelques collaborateurs triés sur le volet y ont eu accès. Rien n’était fondamentalement oublié des rituels. La Passion du Christ, l’ensemble des événements ayant précédé la mort de Jésus de Nazareth, a été aussi observée. Tout ce qui manquait, c’étaient les fidèles.

En effet, ils en étaient tenus bien éloignés, au nom de la lutte contre le Covid-19. Leurs seuls recours ce Vendredi Saint, c’étaient la radio et les réseaux sociaux. Certaines célébrations étaient retransmises sur la radio Maria. Dans plein de quartiers, beaucoup de fidèles étaient scotchés à leurs transistors pour suivre ces célébrations.  Ailleurs, c’est sur les réseaux sociaux qu’elles étaient retransmises.

Des fidèles comprennent tout de même

C’est inédit, mais prêtres et fidèles n’avaient pas le choix. A cause de la pandémie du coronavirus, les rassemblements de plus de quinze (15) personnes sont interdits. Toutes les églises sont fermées sur le territoire, et donc les cultes interdits. C’est d’ailleurs la routine depuis plusieurs semaines au Togo. Les catholiques togolais ne doivent pas être seuls à vivre ces restrictions ce Vendredi Saint. Il y a leurs frères et sœurs des autres pays d’Afrique et de par le monde aussi. Même au Vatican, les célébrations ont été observées sans fidèles.

« C'est la première fois que je vis ça depuis que je suis né. Un Vendredi Saint sans Chemin de Croix est impensable », a déclaré l’interlocuteur sus-évoqué. Il comprend tout de même la légitimité des restrictions : « Devant cette situation de crise sanitaire liée au Covid-19, nous sommes tenus de respecter les mesures barrières pour éviter ou limiter la propagation de la maladie virale ».

Pierre-Claver, un autre fidèle, renchérit et va même plus loin : « Pâques sans Chemin  de Croix, ça pourra embêter les partisans de l'observance des rituels, parce qu'il faut respecter les préceptes. Mais pour un homme de foi, ça ne pose aucun problème. Le Chemin de Croix n'est qu'une reconstitution par l’Eglise de ce qui s'est passé avec Jésus il y a plus de 2000 ans, pour rappeler ses pas aux fidèles. Ce n'est qu'une pratique rituelle que l'Eglise catholique a instituée. Ça relève de la croyance et là, il faut distinguer croyance et foi. Du point de vue de la foi, en tant que chrétien, ce qui importe, ce sont le recueillement, la méditation profonde sur le parcours de Jésus sur terre et les enseignements à en tirer pour notre marche d'humain de la cité terrestre vers la cité céleste».

Juste l’expression extérieure abandonnée

Un Vendredi  Saint sans Chemin de Croix ? Le Père Florentin Ofori du diocèse d’Atakpamé, administrateur de la  communauté chrétienne, paroisse St Michel de Langabou répond : « Je ne sais pas si ça a une fois existé dans l’histoire de l’Eglise (…) Mais ce Vendredi Saint, il y a eu des Chemins de Croix partout. C’est le peuple seul qui n’était pas là. Il y a eu des Chemins de Croix parce que des prêtres ont célébré un peu partout la Passion du Christ ». « Le Chemin de Croix en réalité, c’est un exercice spirituel que les chrétiens se donnent pour dire qu’ils veulent cheminer avec le Christ (…) Les chrétiens peuvent vivre leur spiritualité sans le Chemin de Croix en se retirant et en priant. Le Vendredi Saint, c’est revivre la spiritualité, cette Passion du Christ. Le Chemin de Croix veut dire simplement que les chrétiens veulent participer à la souffrance qu’a endurée le Christ», a-t-il ajouté.

Même son de cloche chez le Directeur national de l’enseignement catholique, le Père Pierre Marie Chanel Affognon. « Ce Vendredi Saint n’est pas un Vendredi Saint sans Chemin de Croix, c’est mal comprendre la réalité. Dans toutes les cathédrales, on a célébré le Chemin de Croix et la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ et les fidèles, depuis leurs familles et leurs lieux où ils sont comme en retraite spirituelle que le monde appelle le confinement ou l’autoconfinement, peuvent participer spirituellement à tout cela grâce aux médias ou aux textes qu’ils ont déjà en famille ou simplement par recueillement ou communion spirituelle (…) C’est son expression très extérieure qui prenait nos rues et nous mettait tous ensemble qui n’est pas là. Les célébrations sont là ; c’est la façon de les vivre qui a changé », a-t-il déclaré.

Les restrictions du gouvernement qui impactent le rituel de cette année, le prêtre dit les  comprendre  parfaitement. « Ici il s’agit de protéger la vie (…) Cela n’est pas en contradiction avec notre façon de vivre notre foi. Dieu n’est pas que dans les églises. Dieu est d’abord dans nos cœurs, dans nos familles et Dieu est une réalité spirituelle (…) Au lieu de parler d’interdiction, parce que c’est le gouvernement qui a pris cette décision, nous au niveau de l’Eglise, on parle plutôt de dispositions au service de la vie et de la communauté », a-t-il relevé.

Le symbolisme, c’est sous ce sceau qu’aura été placée cette année la fête célébrant la résurrection de Jésus-Christ. Les catholiques étaient mieux lotis, ayant suivi les festivités (sic) à la radio et sur les réseaux sociaux. D’autres fidèles de la communauté chrétienne, eux, n’ont pas eu cette chance, les célébrations étant carrément annulées. Coronavirus et besoin de confinement obligent.


TiK/cgd/APA

Réagir à cet article