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    Sénégal-Société

    Importées d’Occident, les chaussures de seconde main font un tabac à Dakar

    APA-Dakar (Sénégal)

    Au Sénégal, la fripe ou ‘’feg djay’’ (en wolof) ne désigne pas uniquement les habits convoyés par balles depuis l’Europe et les Etats-Unis, au grand bonheur des classes moyennes qui, en ces temps de froid, trouvent dans ces vêtements le moyen de s’habiller chaudement à moindre frais.

    De plus en plus, la fripe est synonyme de chaussures importées dans les mêmes conditions que les fringues et vendues presque partout dans les marchés informels de la capitale sénégalaise.

    Sur les étals de ces lieux de négoce visibles un peu partout, des chaussures de grandes marques comme ‘’Nike’’ et ‘‘Puma ‘’ sont proposées aux Dakarois dont beaucoup, surtout les jeunes, ne ratent pas l’occasion d’en acquérir pour pouvoir imiter davantage leurs idoles américaines. Même si les pompes chaussées avec fierté sont de seconde main…

                                                                                             

    Pour être portées par les Dakarois, les chaussures d’occasion arrivent via le port sur commande de grossistes qui les revendent aux semi-détaillants par balles coûtant chacune d’elles ‘’entre 25.000 et 60.000 FCFA’’.

    Ce prix plafond est surtout celui de la balle de chaussures venant des Etats-Unis, laquelle est plus chère que celle en provenance de la France et de Belgique, renseigne Aliou Sylla, évoluant dans le secteur depuis 2007.

    Une fois la balle acquise, elle est emmenée au marché où son déballage constitue toujours un évènement, surtout pour les vrais détaillants qui tiennent toujours à se servir les premiers.

                                                                                    

    Le marché Colobane, un des plus anciens lieux de négoce de Dakar, abrite un lieu dénommé ‘’Familia’’ et très couru à cause de ses nombreuses chaussures d’occasion. Revendeurs et acheteurs s’y télescopent, qui en quête de pompes à alimenter ses étals qui à la recherche des chaussures de ses rêves.

    Appelées ‘’djiro’’ (jouer des coudes pour fondre sur l’objet désiré), les ouvertures des balles de tissus sont de véritables foires d’empoigne, suivies d’un œil amusé mais vigilant par le propriétaire de la balle. Et pour cause, c’est vers ce dernier que l’on se tourne, une fois la ou les chaussures désirées collectées, pour entamer le ‘’waxalé’’ (marchandage) à la conclusion duquel on payera avant de s’en aller avec ses pompes.

    Malaw Gadiaga, venu de son Ndioum natal (433 km de Dakar), a réussi pareille transaction après avoir jeté son dévolu sur un tas de chaussures masculines. Interrogé, le détaillant confie avoir acheté la paire de chaussures à 2000 FCFA et va la vendre avec un bénéfice variant entre 500 et 1000 FCFA. Avec ce commerce qu’il pratique depuis sept ans, il peut se retrouver avec une recette journalière de 50.000 FCFA.

    Pape Samba Kane, responsable dans une boite d’assurances, affiche presque la même joie que Malaw. Et pour cause, il vient de se payer des ‘’Nike’’ authentiques à 13.000 FCFA. ‘’Si c’était dans une boutique, j’aurais pu les acheter à 35 000 », clame-t-il, en ouvrant la malle de sa voiture pour laisser voir des ‘’Boots’’. Apparemment  neuves, ces chaussures qui normalement coûtent 30. 000 FCFA, ont valu une bouchée de pain à l’assureur.

    Des lieux de vente de chaussures d’occasion comme ‘’Familia’’ pullulent un peu partout à Dakar, sans compter les étals occasionnels nombreux aussi à essaimer aux alentours des marchés de la capitale. Sur place, les détaillants lavent, astiquent et étalent à même le sol une profusion de chaussures de toutes marques.

                                                                                             

    Maty Ndiaye, étudiante à l’Institut supérieur de management (ISM) et habitant Pikine, a l’habitude de se chausser aux différents marchés de fripe de cette banlieue dakaroise. « Quand je suis fauchée, je viens ici. Il y a de la qualité et c’est plus facile d’aller à l’école avec ces chaussures », affirme la jeune fille trouvée en train de marchander sans succès des ballerines. Pour sûr qu’elle va trouver chaussure à son pied, comme il y a un an elle avait acheté pour 1000 FCFA les ‘’nu-pieds’’ qu’elle porte.

    Au demeurant, tout n’est pas donné dans ces marchés de chaussures d’occasion où certains vendeurs, à l’image d’un dénommé ‘’Kana’’, ne bradent pas leurs marchandises.

    Fatou Ngom, une cliente, l’a bien appris à ses dépens. En proposant 2000 FCFA pour une paire de souliers qu’elle voulait pour son fils, elle s’est heurtée à l’intransigeance de ‘’Kana’’ qui en demandait plus.

    « Mes collègues, qui habitent dans les parages, m’ont dit que ce serait moins cher dans la matinée. Mais apparemment ce n’est pas le cas », a lancé Fatou en allant voir ailleurs.

    Réplique de ‘’Kana’’ : « Les gens pensent qu’ils peuvent nous chiper nos chaussures avec le prix qu’ils veulent. Je les ai payées au prix fort : entre 15 000 à 30 000 FCFA ».

    Vrai ou faux ? Dans le lot de ses chaussures de marque américaine qu’il est train de passer à la brosse à reluire, il désigne une paire de ‘’Puma’’ qu’aurait  ‘’portée le basketteur de la NBA, Kevin Durant’’.


    ODL/cat/of/APA

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