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Ramaphosa, un syndicaliste chevronné à la tête de l’ANC

APA-Johannesburg (Afrique du Sud)

Le président nouvellement élu du Congrès national africain (ANC, au pouvoir), Cyril Ramaphosa, a finalement réussi à se hisser à la plus haute fonction du mouvement politique le plus ancien d’Afrique, une ascension qui ravive les souvenirs de sa vie de bouillant syndicaliste dans une Afrique du Sud sous le joug de l’apartheid.

L’élection de celui qui vient de battre Nkosazanna Dlamini-Zuma, une femme poids lourd de l’ANC qui prétendait également au poste, intervient après plusieurs années de militantisme en alliant syndicalisme et politique, avant d’inscrire son nom sur la liste des rares succes stories de Noirs devenus riches par le biais de l’entrepreneuriat local.

Le retour de Ramaphosa en politique, après une carrière professionnelle réussie, l’a mené à la vice-présidence de l’ANC, suite à son élection en 2012.

Il a rejoint le camp de Jacob Zuma pour donner à ce dernier de la « crédibilité », à un moment où le vice-président de l’ANC d’alors, Kgalema Motlanthe, lorgnait le siège de Zuma, son chef.

Avant cet épisode, Ramaphosa, âgé de 65 ans, était le président de la Commission nationale de planification qui a élaboré le Plan national de développement, devenu le Plan directeur du pays pour atteindre la croissance à l’horizon 2030.

Ramaphosa dont la popularité était alors à son apogée avant de descendre dans l’arène politique, a mis sur les fonts baptismaux l’un des syndicats les plus grands et les plus puissants du pays - le Syndicat national des mineurs- en 1982.

Il est décrit comme un habile négociateur, jouant un rôle de premier plan comme négociateur de l’ANC au Congrès pour une Afrique du Sud démocratique (CODESA), qui a tracé la voie du pays de l’apartheid vers la démocratie.

La CODESA regroupait principalement les parties prenantes impliquées dans la lutte contre l’apartheid et qui étaient basées dans le pays.

Le jour où Nelson Mandela a été libéré de prison au Cap, après 27 ans de détention, Ramaphosa était la principale personnalité qui a marché devant le prisonnier politique nouvellement libéré.

Après les premières élections démocratiques de 1994, Ramaphosa devenu député, a été élu président de l’Assemblée constitutionnelle et a joué un rôle clé dans la rédaction de la Constitution du pays qui a légalisé  l’homosexualité en Afrique du Sud.

Ramaphosa a mené les négociations pour un salaire minimum, le tout premier pour l’Afrique du Sud, qui entrera en vigueur le 1er mai 2018.

De tous les candidats à la présidence, il est le seul à avoir occupé les deux postes les plus élevés dans le top six de l’ANC - en tant que secrétaire général et maintenant vice-président.

Les investisseurs, les marchés et les agences de notation ont réagi positivement à son élection, la monnaie locale, le rand ayant gagné 4% en valeur. Ce développement est basé sur le fait que Ramaphosa est familier avec les questions économiques.

Il bénéficie du soutien de l’aile gauche de l’ANC qui comprend le Parti communiste sud-africain et le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU).

Son rôle présumé dans les évènements de Marikana en août 2012 qui ont fait 34 morts après l’intervention de la police, a été la seule tache sur ce qui aurait autrement été un sans-faute pour l’ancien militant et hommes d’affaires.

Ce jour fatidique, Ramaphosa occupait le poste d’administrateur non exécutif de Lonmin, propriétaire de la mine de platine où les meurtres ont eu lieu à Rustenburg, quand il a envoyé des lettres aux ministres pour demander une « action concomitante » dans la grève illégale des mineurs qui exigeaient des augmentations de salaire.

Même s’il s’est excusé depuis, les mineurs et leurs familles ont refusé de lui pardonner.

Après avoir perdu contre Thabo Mbeki pour succéder au président Nelson Mandela, Ramaphosa a rejoint le monde des affaires pour se bâtir une fortune estimée à 500 millions de dollars, essentiellement à travers le groupe Shanduka.

Ses détracteurs se sont servis de ses rôles de président et de directeur non exécutif dans diverses entités privées pour le décrire comme quelqu’un qui « aime le monopole blanc », ce qui est considéré comme étant aux antipodes de l’appel de l’ANC pour une « transformation économique radicale ».

D’autres critiques estiment que le fait qu’il ait quitté la politique « active » était perçu comme une « bouderie » de sa part, après qu’il a perdu face à Thabo Mbeki.

En 2012, il a dû s’excuser d’avoir dépensé près de trois millions de dollars pour élever des buffles dans sa ferme, alors que le pays vivait « dans une mer de pauvreté ».

Ramaphosa fait partie du Cabinet de Zuma et ne peut pas éviter complètement de se faire taxer de complice de certaines décisions, sur lesquelles il a été « silencieux » au cours des années, se prononçant seulement contre les remaniements ministériels et la prise de pouvoir par l’Etat.

Il a proposé un "nouvel accord" pour accélérer la transformation radicale avec un plan ambitieux pour que le pays arrive à un taux de croissance économique de 3% d’ici 2023 et crée un million d’emplois dans les cinq prochaines années.

Pendant la campagne pour occuper le poste de patron de l’ANC, Ramaphosa a parlé du contrôle de l’Etat (corruption) comme un grand défi qu’il a utilisé comme slogan lors de sa campagne.

Il a déclaré qu’il voulait une commission d’enquête judiciaire, mais n’a jamais mentionné nommément la famille controversée des Gupta ou le président Jacob Zuma au cours de sa campagne anti-corruption.

« Il devrait y avoir une commission d’enquête judiciaire. C’est probablement le seul processus qui sera en mesure d’aller au fond de ces allégations et d’édifier sur la véracité ou non de telles accusation », a-t-il ajouté.

Son ascension vers le sommet semble désormais impossible à arrêter.

Si l’ANC remporte les élections nationales en 2019, Ramaphosa devrait être élu président d’Afrique du Sud par le Parlement, pour succéder à Zuma, dont le mandat de dix ans aura alors pris fin.


NM/as/fss/od/APA

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