C’est le 2 octobre 2018, à l'occasion d’une visite au Khalife général des mourides à Touba, que l’avocat et ancien ministre a annoncé à la surprise générale sa candidature à l’élection présidentielle.

« Après la sollicitation répétitive des Sénégalais, j’envisage de participer à la présidentielle de 2019. C’est pour cela que je suis venu recueillir vos prières et votre bénédiction », a notamment déclaré Madické Niang, s’adressant à son guide religieux.

Une annonce surprise émanant de ce proche de l’ancien président Abdoulaye Wade qui n’en pouvant plus d’attendre l’épilogue sur les ennuis judiciaires de Karim Wade, le candidat du PDS, a pris sur lui de combler le vide en se présentant lui-même.  

On est alors à quatre mois de la présidentielle et le landerneau politique s’interroge sur les capacités de Madické Niang à réussir son pari. Qu’importe, il met sur pied une coalition dénommée « Madické 2019», soulignant toutefois sa volonté de retirer sa candidature, si celle de Karim Wade était validée par le Conseil constitutionnel. Ce qui ne sera pas le cas et Madické Niang de laisser libre cours à son ambition présidentielle.

Premier étape pour la course au Palais présidentiel : le parrainage. Là où beaucoup d’observateurs pensent qu’il sera recalé, il franchit le rubicond les doigts dans le nez,  avec à la clé 65.000 signatures engrangées à Dakar et dans sept autres régions du pays en l’espace de deux mois.

Divorce avec Me Abdoulaye Wade

S’il a de quoi se féliciter de ce tour de force,  Madické Niang ne suscite pas moins la colère de ses frères du Parti démocratique sénégalais (PDS), notamment le secrétaire général nationale du parti, Abdoulaye Wade himself, qui voit l’acte posé par son ancien ministre comme une défiance. L’échange épistolaire par presse interposée qui s’en est suivi préfigure à tout le moins de la fin du compagnonnage  entre deux grands alliés…

Bras droit de l’ancien chef d’État, Madické Niang semble avoir désormais pris  ses distances avec le Pape du Sopi, un homme qu’il fréquente depuis le milieu des années 80, peu après son retour à Dakar, en provenance d’Abidjan où il était allé poursuivre ses études de droit.



Ce séjour dans la capitale ivoirienne s’explique par le fait que Madické, natif de Saint-Louis du Sénégal et ayant obtenu son baccalauréat au Lycée Charles de Gaulle, avait été renvoyé pour fait de grève de la Faculté de droit à l’Université de Dakar dont il fut le président de la première Amicale.  

Sa rencontre avec Abdoulaye Wade fut un tournant pour Madické, car non seulement il devient un de ses proches mais également son avocat. Les procès ne manquaient pour Wade dans ses célèbres démêlés judiciaires avec les présidents Senghor et Abdou Diouf …  

Quoi qu’il en soit, Madické Niang tombe vite sous le charme de Wade dont les luttes pour la liberté et la démocratie au Sénégal vont lui valoir plusieurs séjours en prison. Durant toutes ces épreuves, le Pape du Sopi a pu compter sur son fidèle lieutenant qu’était Madické Niang.

Au fil de ce compagnonnage, Madické Niang acquiert même le titre de «conseiller quasi attitré» du fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS).

Proximité avec Touba

L’avocat est de fait au cœur de plusieurs dossiers touchant la famille de l’ancien chef de l’État, notamment les circonstances du départ vers le Qatar de Karim Wade, en 2016, après une grâce présidentielle faisant suite à sa condamnation à 6 ans de prison par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), dans le cadre de la « traque des biens mal acquis », peine assortie d’une amende de 138 milliards de francs CFA.

Madické Niang est également réputé pour sa proximité avec les cités religieuses particulièrement celles de Touba, la capitale du mouridisme, confrérie dont il se réclame.

Le candidat a souvent mis l’accent sur le discours religieux lors de sa campagne, dans le but de s’attirer la sympathie de l'électorat mouride.

Dans son programme de société dénommé « Jamm Ak Xéweul », Madické Niang propose un Sénégal meilleur, non sans s’attaquer au bilan du candidat sortant, Macky Sall, qu’il est prêt à affronter dans un débat télévisé.

Le doyen des cinq candidats compte bien créer la surprise au soir du 24 février, en s’appuyant sur l’électorat du PDS, même si son leader historique, en l’occurrence Abdoulaye Wade, déclare urbi et orbi qu’il n’y aura pas de scrutin au Sénégal le 24 février.


CD/cat/APA