Tchad-Carburant-Vente

La démolition des stations-services non en règle divise les Ndjaménois

APA- N’Djamèna (Tchad)

La démolition des stations-service et des points de vente de carburant non en règle à N’Djamèna, une opération initiée en début de semaine dernière par les autorités avec l’appui des forces de l’ordre, est diversement appréciée par les populations.

En effet, là où beaucoup d’habitants de la capitale tchadienne saluent la détermination des autorités à mettre de l’ordre dans l’implantation anarchique des lieux de vente des carburants, partant de se soucier de leur sécurité, d’autres n’écartent pas des risques de pénurie. Et par conséquent, le renchérissement des prix des carburants, notamment l’essence et le gas-oil.

Pour ces alarmistes, cette éventualité que personne ne souhaite;  résultera infailliblement de la diminution drastique des points de vente.

Au ministère du Pétrole et à l’Autorité de régulation du secteur pétrolier aval (ARSAT), les deux services chargés de l’opération de démolition avec l’appui de la police, de la gendarmerie et de la garde nomade, on balaie d’un revers de main toute liaison entre le nombre de stations-services et les prix des carburants.

Cela explique pourquoi les autorités sont déterminées à enlever des rues de la capitale 63 stations-services et points de vente de carburants jugés non conformes à la réglementation en vigueur. Il s’agit là d’une première vague de démolition car, officiellement, sur les 214 lieux de vente de carburant à N’Djamèna seuls 42 répondent aux normes administratives, juridiques, techniques, sécuritaires et environnementales.

Pour ce technicien de l’ARSAT, ayant requis l’anonymat, les stations démolies ne répondent non seulement pas à la norme du fait, surtout, « de leur installation anarchique », mais elles vendent « un produit de mauvaise qualité ».

« Leur carburant est dangereux pour le moteur des véhicules et autres moyens roulants», ajoute ce technicien, sous l’approbation de plusieurs de ses collègues et supérieurs qui insistent sur le danger que constituent certains dépôts de carburant adossés à des maisons.

A N’Djamèna, beaucoup de lieux de vente d’essence et de gas-oil côtoient des maisons voire même empiètent dans celles-ci, au grand risque des habitants.

«Parfois, une famille perd tous ses biens en offrant une partie de sa concession pour le dépôt des futs de carburant», déplore-t-on à l’ARSAT.

Saluant l’opération, Yves Dikoua, habitant d’un quartier de N’Djamèna, affirme : «Personnellement, je présente mes respects au ministre du Pétrole. Il a pris une décision courageuse en mettant un terme au désordre dans la création des stations qui n’obéissent pas aux critères surtout celles qui sont collées aux maisons à usage d'habitation sans mesure de sécurité».

A ce sujet, Ali Issakha, boutiquier au quartier Madjorio, raconte qu’in drame a été évité de justesse au quartier Diguel où un incendie s’était déclaré dans une mini station-service construite au sein d’une concession.

« Depuis ce jour, dit Ali l’air effarouché, j’ai la conviction que ces stations sont des dangers publics».

Loin des états d’âme du boutiquier, Florent Sangdé qualifie de ‘’forfaiture’’ l’opération menée par les autorités. Et pour cause, il ne comprend pas que ces dernières après avoir accepté l’ouverture des stations-services se lèvent un beau matin pour déclarer illégale l’écrasante majorité d’entre elles.

Aussi soupçonneux que Florent, voire plus, Saleh Moussa déclare sans détour : «La position de certains stations dérange clairement les Total, SPP ou Oil Libya». En clair, cet habitat de N’Djamèna voit dans cette opération de démolition la main invisible des firmes pétrolières étrangères décidées à couper l’herbe sous les pieds de leurs concurrents qui, pour la plupart, sont de petits opérateurs économiques tchadiens.

En tous les cas, au train où vont les choses, on file droit vers une hausse des prix du carburant, pronostique Adoum Ousman, conducteur de mototaxi. «Le nombre des stations nous permettait de nous approvisionner facilement en carburant », souligne-t-il en ajustant son chasuble, le regard incertain.

Déjà orphelin des stations-services où il avait l’habitude de s’approvisionner cet enseignant, lâche, indigné : «Tout autour, il n’y a aucune station, mais ils démolissent encore celle-là. En cas de panne sèche, on va vraiment souffrir pour trainer nos motocyclettes».

Imperturbables, les autorités poursuivent leur travail de démolition en avertissant qu’après les 63 stations-services visées dans un premier temps, les autres en cause, soit 109, seront détruites si elles ne se mettent pas aux normes d’ici quatre mois.

AHD/cat/of/APA

Réagir à cet article