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Avec la CAN, la presse papier du Sénégal se réadapte au marché de la publicité

APA-Dakar (Sénégal) Par Abdourahmane Diallo

La Coupe d’Afrique des Nations, vitrine du football africain, a longtemps été une occasion pour la presse papier du Sénégal, surtout celle spécialisée en sport, de se revivifier économiquement. Mais avec le développement des médias audiovisuels et tout récemment de l’internet, ses recettes financières s’effritent au fil des CAN, l’obligeant ainsi à se réinventer pour pouvoir se tirer d’affaire.

« La presse écrite a non seulement la concurrence de l’audiovisuel, mais aussi celle d’Internet. C’est un secteur où l’impact sur les recettes s’amoindrit d’année en année », se désole d’entrée de jeu Mamadou Ibra Kane, directeur de publication du quotidien sportif Stades, un des journaux spécialisés les plus lus au Sénégal.

Son cri du cœur s’explique par le fait que plusieurs annonceurs se tournent désormais vers les médias audiovisuels, qui leur offrent en retour une meilleure visibilité à travers les supports du son et de l’image… au grand dam de la presse papier obligée de se contenter des miettes publicitaires.

Cette dernière, cependant, ne se laisse pas faire. Pour fidéliser ses clients traditionnels ou attirer d’autres annonceurs, elle met en avant l’offre d’insertion sur plusieurs pages du journal, confie M. Kane, par ailleurs directeur général du groupe AFRICOM SA, éditeur de Stades.

De leur côté, les radios et télévisions, en plus de retransmettre en direct les matchs, organisent des plateaux de débriefing sur les rencontres. Face à cette nouvelle concurrence, la presse quotidienne propose à la place « un traitement post-événement ».

Cela passe notamment par les genres journalistiques comme l’analyse, l’interview exclusive avec certains joueurs présents à la CAN et interrogés par les envoyés-spéciaux du quotidien… « Il y a donc une forme de réécriture de la presse écrite », souligne Mamadou Ibra Kane.

Malgré cette situation difficile que traverse la presse papier en général, le dirpub de Stades reconnait, somme toute, comme Hubert Mbengue, son homologue de Record, un autre quotidien sportif, que la CAN, à l’image des autres grandes compétitions sportives, est une occasion pour augmenter leur tirage.

« Avec cette CAN, contrairement à celles précédentes, nous aurons un retour sur investissement parce que nous avons un fort tirage de 40.000 à 60.000 exemplaires au moins chaque fois que le Sénégal joue. Et plus longtemps que le Sénégal joue, comme c’est le cas actuellement, et mieux c’est pour nous », se réjouit M. Kane.

Toutefois, précise-t-il, son journal obtient en temps normal un lectorat compris entre 25.000 et 30.000 personnes. Cette plus-value non négligeable, assure-t-il, lui permet de rentabiliser son entreprise même si les bénéfices des moments de CAN sont encore supérieurs.


Pour preuve, confie M. Kane, Stades a été tiré à 70.000 exemplaires après la qualification du Sénégal en demi-finale de la présente Coupe d’Afrique des nations qui se joue en Egypte. Qualifiés en finale de la CAN depuis dimanche dernier après leur victoire 1-0 sur la Tunisie, les Lions ont ravi tout un pays qui n’a plus vécu ces moments depuis 2002, mais également une presse papier qui peine à tenir sur ses deux pieds.

« Nous sommes tributaires de la participation et de la performance du Sénégal à la CAN. Nous vivons la même situation que les vendeurs des maillots au marché qui n’écoulent leur marchandise que lorsque le Sénégal gagne », soutient Hubert Mbengue, dont le quotidien Record est édité par le Groupe futurs médias du célèbre chanteur Youssou Ndour.

Par ailleurs, assure M. Mbengue, sans le soutien de ce grand groupe de presse sénégalais, il aurait été difficile pour son journal, qui n’a pas encore deux ans d’existence, de survivre dans le paysage médiatique sénégalais.


ARD/te/APA

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